Anthony Knockaert : une carrière hors des sentiers battus

À 25 ans, Anthony Knockaert a déjà vu du pays. La carrière de ce footballeur qui évolue actuellement au sein du club anglais de Brighton & Hove Albion FC, en Championship (l’équivalent de notre Ligue 2 dans laquelle s’écharpent Lens et Valenciennes), n’est pas un long fleuve tranquille. Ce joueur natif de Roubaix vous est peut-être inconnu, mais il n’est pas impossible que vous l’ayez vu passer sur votre écran d’ordinateur. Il a récemment ému les réseaux sociaux après avoir inscrit son huitième but de la saison en championnat. Alors que les filets tremblent encore, il sprinte vers son banc de touche pour récupérer une photo de son père récemment décédé, l’embrasser et la brandir vers le ciel. Le tout sous les acclamations de ses supporters.

 

Malgré lui dans l’histoire du foot british

Dans un autre registre : si vous êtes un adepte des compilations de foot sur YouTube qui vous font revivre les plus beaux moments de ce sport sur du gros son, alors vous l’avez déjà aperçu. Il est en effet l’un des protagonistes d’un des dénouements les plus fous du foot anglais. En mai 2013, le jeune joueur de 21 ans évolue sous les couleurs de Leicester. Avec les Foxes, il dispute la demi-finale des plays-offs pour accéder à la Premierleague. Alors qu’il ne reste qu’une poignée de secondes à disputer face à Watford et que Leicester est virtuellement qualifié, Knockaert s’avance pour tirer un pénalty qui validerait définitivement le ticket de son club pour la finale. Moins de 20 secondes plus tard, après une double parade du gardien adverse et une contre-attaque éclair, c’est finalement l’attaquant de Watford qui offre la qualification aux siens et plonge le Vicarage Road Stadium dans un délire total, le faisant ressembler étrangement au stade Pierre-Mauroy… quand il y a du hand ou du tennis.

 

« Trop petit, trop chétif »… Knockaert, symbole de la formation française

Ces deux moments semblent bien résumer Anthony Knockaert et sa carrière : du cœur, beaucoup de cœur, et des difficultés. Qu’il cherche toujours à surmonter à force de volonté, et de talent.

Car ce qu’on ne sait pas forcément, c’est qu’avant d’aller jouer des coudes et de se faire chatouiller les chevilles tous les week-ends par des mecs qui feraient passer Cyril Rool pour un danseur de ballet, Anthony Knockaert est un produit de la formation footballistique du Nord Pas-de-Calais. Enfin, pas vraiment. A une époque où la finesse technique des jeunes joueurs n’est pas forcément privilégiée dans les centres de formation, on le trouve trop petit, trop mince, trop chétif… Comme beaucoup de joueurs de sa génération (l’exemple le plus connu aujourd’hui étant celui de Griezmann), le Roubaisien ne parvient pas à s’imposer définitivement et, après trois ans au sein du centre de formation du RC Lens, il est prié de faire ses valises et de quitter La Gaillette.

Nous sommes alors en 2007 et, pour achever sa formation, il rebondit à l’US Lesquin. Il ne baisse pas les bras et parfait ses gammes dans les équipes de jeunes, où il affronte les meilleures équipes du nord-ouest de la France avec les Verts et Blancs dans la catégorie « – de 18 ans Nationaux ». Mais Knockaert n’est pas un joueur comme les autres, et ses capacités sont trop importantes pour que l’équipe première de l’USL, qui évolue alors en CFA 2 (soit la cinquième division française) n’en profite pas. Régulièrement, l’attaquant d’un mètre soixante-dix joue deux matchs par week-end. D’abord avec les jeunes où il fait figure de leader technique et de vestiaire. Avant d’être aligné le lendemain en CFA 2 où, malgré sa jeunesse, il n’hésite pas à donner de la voix, voire à gueuler sur ses coéquipiers quand les choses ne vont pas en son sens, du haut de ses 17 ans. Anthony Knockaert marque les esprits lesquinois avant tout par son talent, mais aussi par sa force de caractère, son impulsivité et sa hargne sur le terrain.

 

Anthony Knockaert sous les couleurs du Standard de Liège – crédit : Royal Sporting Club Anderlecht
Anthony Knockaert sous les couleurs du Standard de Liège – Crédit : Royal Sporting Club Anderlecht – Photo by Philippe Crochet & Vincent Kalut / Photo News

La France comme tremplin pour un rêve : l’Angleterre

Rapidement, le club du stade Jean-Pierre Papin devient trop petit pour lui. Il tape dans l’œil de Xavier Graveleine, recruteur de l’En Avant Guingamp. Il commence avec la CFA puis enchaîne rapidement les bonnes performances en Ligue 2. Les portes des équipes de jeunes de l’Equipe de France s’ouvrent à lui (10 sélections – et 4 buts – avec les moins de 20 ans, une réalisation en trois matchs chez les Espoirs). La carrière du Roubaisien semble décoller, il est pressenti pour rejoindre les rangs du champion de France en titre, Montpellier.

Mais Knockaert n’est décidément pas un joueur comme les autres. Il s’envole finalement pour Leicester, qui évolue donc en deuxième division anglaise, et surprend beaucoup d’observateurs. Il justifie ce choix par sa passion du football anglais, et ne cache pas que l’aspect financier entre également en compte. Mais, encore une fois, son talent met tout le monde d’accord. Knockaert enchaîne les bonnes performances et devient le chouchou des spectateurs du King Power Stadium qui, dans la tradition du supportérisme anglais, dédient un chant à celui qui écume les couloirs des terrains de Championship.

Des épaules assez larges pour la Premierleague ?

Un an après la mésaventure face à Watford, Leicester accède finalement à la Premierleague et Knockaert réalise son rêve. Problème : son coach ne compte plus sur lui. Devant notamment faire face à la concurrence de Riyad Mahrez, Knockaert ne dispute que neuf petits matchs de championnat (pour seulement trois titularisations). Il est forcé à l’exil et se rapproche de sa région d’origine en signant au Standard de Liège. La saison suivant son départ, Leicester décroche un titre de champion aussi inattendu que mérité. Mahrez marche sur la Premierleague et est sacré meilleur joueur de l’édition 2015-2016.

Après six mois très mitigés en Belgique, Anthony Knockaert repart pour un tour en deuxième division anglaise, à Brighton donc. De nouveau, sa trajectoire est montante, il est adopté par les supporters et son club est en bonne position pour monter en première division. L’ancien Lesquinois aura donc peut-être l’occasion, dans un peu plus de six mois, de montrer qu’il est au niveau de ce qu’il considère comme le meilleur championnat du monde. S’il ne doit pas tirer de pénalty d’ici-là.