Mythe urbain et passage obligatoire dans la vie d’un Homme, (avec un H majuscule, les femmes ne sont pas en reste) la « Rue de la soif » est un lieu incontournable qui forme l’âme et déforme l’être.
Toutes les villes étudiantes dignes de ce nom se doivent d’en avoir une.
Évidemment à Lille, nous en avons deux. La rue Solférino et la rue Masséna forment le triangle d’or à deux côtés.

Nous y avons tous des souvenirs. Certains plus avouables que d’autres. Et d’autres encore…
De 18 à 23 ans, cela ressemble au paradis, le vomi en plus. Mais à 30 ans. Est-ce que c’est toujours aussi bien la rue Solfé ?

Du point de vue le moins objectif possible, évidemment non. Mais outrepassons le snobisme et les préjugés et tentons, 10 ans plus tard, un (presque) honnête tour du propriétaire.

Les 3 grands principes de la fête sont les suivants : le lieu, les personnes et la musique.

Source : La Voix du Nord

Commençons par le lieu. Les lieux.

Les néons sont nombreux à tapiner en quête de l’étudiant prêt à claquer sa bourse en shooters. Environ 4 portes sur 5 débouchent sur un bar ou un club.
Nous aurons une pensée émue pour la personne qui habite derrière la 5ème.
Solférino, Zeppelin, Velvet, Boucherie, Base Camp, Tcha-Tcha, Plage, Galeway, Irlandais, Happy Hour, Network pour ne citer qu’eux.
Une seconde pensée ira aux laissés-pour-compte.
Impossible de tous les visiter dans la même soirée, c’est un travail de longue haleine alcoolisée.
Les ambiances y sont plus ou moins semblables : chiantes au début et gênantes à la fin. Mais le milieu peut s’avérer intéressant.
Les tables se laissent rapidement prendre pour des chaises, ça élève les gens mais pas le niveau. Les airs et les paroles des tubes du moment y sont chantés en cœur.
Ça ajoute un côté stade de foot pas dégueulasse.
L’ambiance est bon enfant. Bras dessus bras dessous, je te paye un verre si je renverse le tien et  « ouais vas y parle à ma meuf pas de soucis ».
Ça prend une autre tournure vers 1h du matin.
L’alcool y est rarement de bonne qualité, mais est-ce vraiment ce que nous sommes venus chercher ?
Une ambiance donc mitigée qui bascule rapidement de l’amour à la haine au fil des verres.

Parlons amour et venons-en aux personnes.

Contrairement aux (à mes) idées reçues, tous les âges s’y rencontrent. De l’étudiant en école de commerce en hoodies Superdry au commercial arborant fièrement son polo Serge Blanco, tout le monde sera servi ! On peut y rencontrer le meilleur pote comme le dernier des fils de putes.
La magie du lieu.
Puis il y a les cons, ceux qui ne savent pas boire et tiennent absolument à encastrer le premier venu. Ils se multiplient logiquement au fil de la nuit.
Les soirs de pleine lune, certaines légendes racontent qu’ils se battent entre eux.
La sélection naturelle.
La population y est donc hétérogène et à l’image des lieux, sympa au début, horrible à la fin.

Source : Jes M – Flickr

Abordons maintenant le sujet sensible. La musique. Et c’est là qu’on va se fâcher.

« Ouais mais les goûts et les couleurs… ». NON ! Franchement non.
Tous les bars servent la même soupe. Heureusement, une infime poignée d’établissements déroge à la règle. Mais les DJ et les morceaux sont tous les mêmes. L’originalité a déserté les lieux et a cédé sa place aux tubes commerciaux qui cumulent les millions de vues sur Youtube.
Vianney partage l’affiche avec Avicii et soyez sur que Céline Dion viendra pour un rappel.
Les anges de la télé réalité sans l’image.
Aux amoureux de musique, aux curieux et aux passionnés : fuyez !

Source : Giphy

C’est alors un bilan mitigé qui ressort de cette analyse presque objective. La rue Solfé/Massena est une étape obligatoire dans la vie de tout Lillois. Un rituel de passage pour tous ceux ayant vécu leur jeunesse à Lille. Mais chaque chose en son temps.
Laissez-vous tenter de temps à autre par le plaisir coupable d’une pinte à 3 balles en terrasse du Solfé. Et si vous ne travaillez pas demain ou qu’on est déjà jeudi, on ne dira rien pour le mètre de shooter à 30 euros au Velvet. Et bon, si l’ambiance est bonne, on dira qu’on n’a aucun souvenir de la bouteille de vodka à 80 euros au Network.

Et merde…

Photo de couverture : Flexbox – Flickr