Que les propriétaires de Stan Smith lèvent la main ?!
À l’heure où les marques de sportswear italiennes reviennent sur le devant des podiums et transforment les hipsters d’hier en racailles hype d’aujourd’hui, la mode et ses codes ne cessent de nous surprendre.
Certains la suivent, d’autres s’en branlent.
Et d’autres encore essaient d’accorder style et bonne conscience.

Agathe est de ceux là.
À la tête de la friperie en ligne « J’irais chiner pour vous », elle a déclaré la guerre à la « fast fashion » et aux leggings.

Rencontre avec une Lilloise qui parcourt l’Europe pour vous permettre d’avoir un style potable en 2017 et pour les 10 années à venir.

BOUKACHUK : « Salut Agathe ! Est-ce que tu peux nous dire d’où te vient cet amour pour les fringues de seconde main et les pulls en laine qui grattent ? »

Agathe : « C’est au cours de mes voyages. J’ai eu le déclic en allant pour la première fois à Budapest… »

BKCK : « Dis au moins « Bonjour » non ? »

Agathe : « Haha oui pardon, salut ! »

BKCK : « C’est mieux, vas-y. »

Agathe : « Donc, Budapest ! Il y a une effervescence là bas autour de la seconde main qui n’a rien à voir avec ce qui se passe ici. Il y a beaucoup moins de grands magasins type Zara et H&M. Tu as de vraies solutions alternatives pour t’habiller différemment.
Je suis ensuite allée à Berlin, le paradis de la friperie. J’ai trouvé là bas des pièces de super qualité qui ont traversé le temps pour moins de 20€. Avant j’achetais un t-shirt de merde à 15 balles chez Zara pour me rendre compte au bout de deux semaines qu’il y avait déjà un trou sous l’aisselle ou une couture qui avait sauté. Je me suis retrouvée à une époque à acheter des tonnes de fringues que je ne portais plus du tout au bout de quelques semaines. Aujourd’hui, tout ça c’est terminé ! »   

BKCK : « Ça fait combien de temps que t’as pas mis les pieds dans un H&M ? »

Agathe : « Bon, j’ai craqué l’année dernière. J’ai acheté un Bombers chez Pull&Bear qui aujourd’hui est complètement défoncé. Désolé… »

BKCK : « Quand as tu eu l’idée d’en faire ton activité professionnelle ? »

Agathe : « Je suis parti en Thaïlande il y a 5 ans, j’ai ramené des robes magnifiques que j’ai ensuite revendu sur Ebay. J’ai aussi ramené pas mal de paires de baskets suite à un voyage à New York. La vraie motivation du lancement de « J’irais chiner pour vous », c’est de pouvoir proposer des pièces qu’on peut difficilement trouver en France.
L’année dernière, j’ai du faire un stage dans le cadre de mes études et j’ai décroché plusieurs entretiens chez « Showroom Privé ». Au bout du troisième, la responsable m’annonce que je ne suis pas prise en m’expliquant que je suis beaucoup trop concentrée sur ce que je veux faire après. J’avais déjà mon concept en tête depuis un moment et je pensais qu’il fallait absolument que j’acquiers des compétences dans le domaine de la mode avant de me lancer.
Résultat : je me suis fait recaler mais ça m’a fait comprendre que je pouvais me lancer toute seule et tout de suite. »

BKCK : « C’est bon on a bien compris que tu voyageais et que ta vie était beaucoup mieux que la nôtre… Arrête un peu de te la péter et raconte nous plutôt comment tu as lancé « J’irais chiner pour vous ? »

Agathe : « J’ai d’abord lancé mon compte Instagram et j’ai commencé à acheter pas mal de pièces pour avoir un stock de départ. C’était très à l’arrache au début, je prenais les fringues en photo posées par terre. Ça ne ressemblait pas à grand chose mais c’était super excitant de commencer un projet comme ça ! Ça l’est toujours autant aujourd’hui.
J’ai ensuite lancé mon site et j’ai commencé à faire des photos plus qualitatives. Je demande à mes potes de prendre la pose de temps en temps pour mettre les vêtements en valeurs et flatter leurs égos.  Ça me permet d’animer le site et mes réseaux sociaux. »  

Le serveur : « Est-ce que vous désirez un peu de pain pour terminer le Houmous ? »

BKCK : « Ce sera compté en supplément ? »

Le serveur : « Non. »

BKCK : « Alors ok. »

(NDLR : Le houmous du restaurant « Le Ici » rue Inkerman est une vraie tuerie. Comme tout ce qui sort des cuisines d’ailleurs.)

BKCK : « Comment est-ce que tu choisis les vêtements que tu vas acheter et proposer à tes clients ? »

Agathe : « Au fur et à mesure, j’ai vu ce qui se vendait le mieux sur le site. Je commence à savoir ce que les gens recherchent. Il y a aussi beaucoup de ma touche personnelle, je prends ce que j’aime. Il y a une certaine cohérence dans les fringues que je propose. Les gens qui viennent sur « J’irais chiner pour vous » savent maintenant ce qu’ils vont y trouver. Cela m’arrive de prendre quelques pièces qui sortent un peu du lot car elles sont vraiment de bonne qualité et que je sais que ça intéressera forcement quelqu’un. Quand je rentre dans une friperie, je repars en général avec 5 à 10% de la boutique. »

BKCK : « Quelles relations tu entretiens avec tes clients ? »

Agathe : « J’ai beaucoup de retours supers positifs. Notamment des clients qui habitent dans des zones rurales et qui n’ont pas facilement accès à des friperies. « J’irais chiner pour vous » c’est avant tout un service. Les gens n’ont pas forcément l’envie ni le temps de se déplacer dans des friperies associatives et fouiller dans les bacs qui sentent la grand mère.
Moi j’y vais et j’adore ça ! J’achète, je lave, je répare si besoin, je repasse et j’envoie la pièce dans un colis parfumé avec un petit mot sympa. Je suis hyper active sur mes réseaux sociaux et j’entretiens une vraie relation avec mes clients. On discute beaucoup, ils me font leurs retours et m’encouragent. C’est une relation amicale qui s’est installée au fur et à mesure. »

BKCK : « Il y a des gens que ça rebute le délire seconde main ? »

Agathe : « Certains pensent que c’est un truc de pauvre. Genre « tu t’habilles dans une friperie tu veux que je te dépannes des boites de raviolis pour la semaine ? »
C’est complètement stupide. Je n’achète que des fringues de qualité qui à la base coutent un bras. Je trouve souvent des pulls de créateurs ou des manteaux en cachemire de super qualité qui valent dans les 500€ et que je revends entre 50 et 100€. »

BKCK : « Est-ce que ça ne serait pas le moment de « bitcher » un peu sur la « fast fashion » ? »

Agathe : « Je pense très sérieusement qu’aujourd’hui on ne peut plus se voiler la face sur l’impact de notre mode de consommation. Le textile est la deuxième industrie la plus polluante au monde.  Les gens achètent des vêtements qu’ils jettent au bout de quelques mois. Le mode de consommation a changé. Avant on pouvait acheter des fringues qui tenaient plusieurs saisons car la qualité était là. Aujourd’hui, on nous vend des fringues de merde fabriquées dans des usines au Bangladesh qui tombent en ruine et tout le monde s’en fout. Ça n’a aucun sens.
Pour ce qui est de l’argument de la « nouveauté », j’y crois pas. Quand t’achètes un manteau, c’est de la connerie de dire « non je l’aime plus il m’en faut un nouveau » au bout de 6 mois. Le manteau n’a pas changé de couleur ou de coupe et ton style n’a pas non plus radicalement changé en quelques mois. C’est du caprice.
Il y a un vrai engagement éco-responsable derrière mon projet. J’achète mes vêtements dans des friperies associatives qui réutilisent l’argent pour mener des projets caritatifs. Depuis le lancement de mon activité, j’ai reversé l’équivalent de 5000€ à ces associations. « J’irais chiner pour vous » est inscrit dans un cercle vertueux, on ne produit pas de déchets et on aide des gens dans le besoin en achetant aux associations.
C’est une autre façon de consommer. Je suis fière d’œuvrer à mon niveau contre la connerie humaine et cette course à la consommation insensée. »

BKCK : « Putain c’est beau… Promis demain j’arrête « Asos ». Comment est-ce que tu vois « J’irais chiner pour vous » dans un futur proche ? »  

Agathe : « Je m’installe à Bruxelles cet été et j’ai pour projet de faire évoluer le concept. J’envisage de créer un lieu de vie alliant friperie, bar et petite restauration. Un endroit où on a envie de passer du temps entre potes. Essayer des fringues tout en buvant un café et en mangeant des gâteaux. Que demander de plus ? Je pense m’associer avec une amie proche du « burn out » dans son bureau sans fenêtre. On est toutes les deux ultras sociables, on a besoin d’avoir cette relation de proximité avec les clients. Le e-commerce c’est bien, mais j’ai envie de partager ça avec de « vraies personnes ». Discuter, boire un verre, écouter de la musique et essayer des fringues dans un endroit sympa… »
Agathe a ensuite continué à parler pendant de longues minutes mais les plats venaient d’arriver à table et je n’écoutais plus vraiment.
Je vous encourage vivement à aller faire un tour sur son site et son compte Instagram pour découvrir son projet et vous rhabiller convenablement pour la saison qui arrive.
S’habiller comme son grand père, c’est hype et vous ne pouvez rien y faire.
Soyez cool et responsable et vous verrez que tout ira mieux dans notre monde de fou.

Merci à Agathe d’avoir bien voulu répondre à mes questions sans même que je n’ai eu à payer la totalité de l’addition.

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