Depuis presque une décennie, les sales gosses de We Are Enfant Terrible nous accrochent avec leur style electro pop bien à eux. Nous les avons rencontrés, lors d’une convention de tatouage, à Lille Grand Palais. On aurait pu en profiter pour se faire tatouer un husky dans le dos, un gros TRIBAL sur le mollet, ou une phrase inspirante et profonde du style « symbole infini sur le poignet, seul dieu peut te juger »… Mais on en a surtout profité pour rencontrer Clotilde, Cyril et Thomas, connus pour poser leurs sons autour de beats 80’s et samples de Gameboy dans un univers graphique léché… ! Le trio est revenu sur sa fulgurante carrière, wild & fashion !

 

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Le groupe a 9 ans… Est-ce que c’est pas un peu l’âge idéal pour des sales gosses ?

Clo : Oui on va rentrer au collège, bientôt avoir un scooter, le début des conneries…

 

Vous avez eu une ascension super rapide, qu’est-ce que vous retenez de ces années ?

Clo : L’un de mes meilleurs souvenirs, c’était aux Eurockéennes de Belfort en 2011. C’était génial de participer à un festival que je connaissais en tant que spectatrice, et c’était très impressionnant de se retrouver sur la scène… 3 ans après avoir assisté à ma première édition du festival !

Cyril : On a beaucoup de bons souvenirs, surtout ça… Sinon on serait plus là ! On est toujours hyper contents de faire des scènes. Pour moi, le meilleur souvenir c’était au Webster Hall à New York, en 2010, dans un festival qui n’existe plus… Le CMJ (l’équivalent du South by Southwest new yorkais). Cette date était stressante, pas cool à vivre, dans une ville qu’on connaissait presque pas… Mais il y avait plein de gros labels, et rien qu’à y repenser, ça me fout les poils !

 

Vous êtes sur le label lillois Play It Loudly, c’est quoi vos connexions locales ?

Cyril : Beaucoup de connexions au sein du label, avec Grifon, Twirrl… et avec d’autres labels locaux, notamment avec Alpage, avec qui on a partagé des bureaux… D’ailleurs, on est très heureux du succès de Giac’ et Tepat (NDLR : de You Man), parce que c’est tout à fait mérité !

 

Vous avez créé votre groupe à une époque où Facebook et Twitter n’existaient pas. Si vous deviez vous lancer aujourd’hui, est-ce que ce serait pas plus dur, vu la profusion de groupes sur les plateformes ?

Cyril : Ah si carrément !

Clo : Quand on s’est lancés… On a été repérés sur MySpace… Aujourd’hui c’est démocratisé et t’accèdes beaucoup plus facilement à une diffusion. Tu vas sur Spotify, on te suggère d’autres groupes en fonction de tes goûts… et tu découvres des artistes que tu n’aurais pas eu l’occasion de connaître ! C’est plutôt positif.

Cyril : Aujourd’hui on est plus juste musiciens, des mecs comme les « Salut c’est cool » que j’aime beaucoup maitrisent la vidéo, et arrivent à défendre plusieurs sujets en même temps. Si j’avais des conseils à filer aux groupes qui veulent se lancer, c’est de se différencier, et de pas suivre les gens qu’ils admirent… parce que ceux-là appartiennent à une autre époque.

 

Est-ce que vous avez le même processus créatif qu’à votre lancement, avec la gameboy ?

Cyril : Non et ça fait longtemps qu’on est pas passés en studio ! Mais la prochaine fois, ce sera avec le logiciel créé par Thomas, pour faire du son… !

Thomas : Ouais, alors… il est pas encore fini, ça fait un an que je suis dessus. C’est le même principe que l’outil qu’on avait sur Gameboy, ce sera sur iPad… C’est un séquenceur, avec des boîtes à rythmes, des synthés…

 

Attends, tu t’es lancé tout seul ?

Thomas : Ben ouais ! Je suis très têtu… Et là je suis rentré en incubation à la Plaine Images à Roubaix, j’ai des bureaux, une bourse, j’ai des vélos d’appartement, des casques de réalité virtuelle pour m’amuser !

 

Impressionnant. Prochain album, prochain EP ?

Cyril : Dès que l’application sera fonctionnelle, en juin. On pourra l’utiliser, pour bosser le troisième album. Il sera précédé de quelques singles issus de celui-ci.

 

We Are Enfant Terrible

 

Vous avez une identité visuelle hyper puissante, très fashion et toujours très léchée… comment vous bossez ça ?

Clo : On a commencé en faisant tout nous-même, sur Paint… J’avais aucune notion de graphisme… J’avais juste prise quelques photos, et posé le nom écrit à l’arrache avec une écriture d’écolière. Ca a installé le côté « do it yourself » ! On a toujours gardé l’esprit vintage, et maintenant, on bosse avec plusieurs graphistes, un brésilien (Mondo Balthazar), une parisienne (Die Frau)… Ils nous ont aidés à faire tous les visuels d’albums. Mais on a toujours amené nos photos !

Cyril : on apporte toujours une idée, et on cherche un terrain d’entente avec un réalisateur, prêt à lâcher une partie de la création. Mais là ça va changer : je suis en train d’installer un fond vert dans mon garage pour qu’on sorte un maximum de clips. On va faire des soirées déguisées, où les gens seront dans un clip !

 

Votre dernier clip, La Femme aux Faux Cils, a vraiment une gueule de grosse production. Comment vous avez financé une telle création ?

Clo : C’est une marque de chaussures, pour laquelle je travaille à côté et qui s’appelle What For, qui souhaitait illustrer leur campagne. Ils nous ont laissé libres sur le plan créatif, et comme c’était la directrice artistique de cette marque qui avait réalisé la pochette de Explicit, Die Frau, on a eu le champ libre. Alors bien sur, on voit des chaussures dans le clip, mais ça ne ressemble pas à une pub, et c’est fait de façon subtile. Ca nous a surtout permis de réaliser notre clip à Mykonos, avec une équipe… Le clip a été tourné en une journée et demie.
On a aucun tabou là-dessus, parce que tout le monde s’y retrouve, et c’est un bon moyen pour faire des choses. Bien sûr, on ne s’associerait pas avec n’importe quelle marque… Mais là pour le coup, on avait aucun souci là-dessus.

 

De la part d’artistes, on entend souvent que c’est galère de vivre de ses écoutes sur Spotify ou Deezer, vous en pensez quoi ?

Cyril : Aujourd’hui avec un laptop, un logiciel cracké, tu peux sortir un album pour 0 euros… Enfin moins le prix de l’ordinateur, mais on est tous équipés. Sans frais, tu rentres vite dedans. Et si un morceau est vraiment bon, il sera partagé ! Un bon track se retrouve dans une bonne playlist d’un digger… Et le morceau se retrouve partagé des centaines de milliers de fois. Sur notre petit label, ça nous arrive souvent, alors qu’on est pas des gros faiseurs dans le jeu…

 

En signant sur Play it loudly, vous tenez à votre indépendance ?
Cyril :
Si un major vient nous voir demain en nous proposant un contrat d’artiste, on refusera, ou on négociera plutôt un contrat de diffusion. Mais on a une patte très indé. Trop indé, sans doute… !

Clo : On tient à garder notre liberté ! Sur notre deuxième album, sur le label canadien (NDLR : Last Gang, qui produit MSTRKRFT ou Tiga), on a commencé à avoir des bisbilles car ils nous jugeaient sur l’artistique et c’était très compliqué et très subjectif… Sans être fermé à la critique, c’est pas le rôle d’un label d’imposer sa volonté…

 

Où est-ce que vous rêvez de vous produire ?

Clo : Moi ce serait sur les gros festivals australiens, comme à Bondi Beach… Ou à Fuji Rock au Japon !

Cyril : le Girolles festival ! Organisé dans le sud de Paris. 150 personnes, dans une ferme familiale. Un concours de ventriglisse, une caravane…

Thomas : Les vôtres, ça me va !

 


We Are Enfant Terrible : site officiel.

Photos ci-dessous : Charles Bethencourt / Black Sunrise Photographie